A Messieurs

Jean-Luc HEES et Philippe VAL

France INTER

Une nouvelle Berlusconnerie de Nicolas Sarkozy

C'est la liberté d'expression qu'on assassine !

 

Fidèle auditeur de France Inter depuis de nombreuses années, je viens d’apprendre que les deux humoristes Didier Porte et Stéphane Guillon ne seront plus là à la rentrée prochaine. Ils ont eu le malheur de déplaire à la Présidence, qui l’a fait savoir aux patrons de la chaîne radio, lesquels les ont flanqués à la porte.

Je veux bien admettre que les chroniques de l’un et de l’autre n’étaient pas toujours forcément du meilleur goût, mais ils avaient au moins le mérite de me faire rire, ce qui n'est certainement pas le cas des hommes politiques, et encore moins de monsieur Nicolas Sarkozy. Et surtout, ils dénonçaient les abus scandaleux des individus qui dirigent le pays. Qui le fera à présent ?

On les a accusés de vulgarité ? Parlons-en! Didier Porte a parlé, par exemple, de sodomiser le président, dans une chronique consacrée à Dominique de Villepin. Remettons les choses à leur place. Il ne s’agit là que d’une image, peut-être pas d’une finesse exemplaire, mais, somme toute, n’était-ce pas une manière de renvoyer à l’intéressé la monnaie de sa pièce? En favorisant les nantis au détriment des plus démunis, ceux-ci ont sans doute, et à juste titre, l’impression de se faire sodomiser ! Pour ne pas dire "enculer!"

Comment ça? Je suis vulgaire et grossier, moi aussi?

Mais la véritable vulgarité n’est-elle pas, alors que le pays traverse une crise grave qui laisse de plus en plus de Français sur le carreau, de s’octroyer des avantages qui frisent l’obscénité ? La véritable grossièreté n’est-elle pas celle de monsieur Nicolas Sarkozy qui se permet d’augmenter son « salaire » de président de la République de 140 % dès son arrivée au pouvoir ? Quel ouvrier, quel employé peut se permettre d’en dire autant ? Il avait promis d’augmenter le pouvoir d’achat? Il a tenu parole : il a augmenté SON pouvoir d’achat. Sans compter celui des riches.

Et que dire des Joyandet et autre Christian Blanc avec leurs voyages en jet privé à 116 000 euros et leurs cigares payés par les cons-tribuables ? J’en passe et des meilleures.

Sans parler des réformes qui visent toujours à favoriser les riches  au détriment des pauvres. Voir la réforme des retraites. Travailler plus, plus longtemps, pour finalement gagner moins. Mais pas tout le monde, bien sûr. Une petite remarque, par exemple : au début des années 80, le salaire d’un patron de grande entreprise était en moyenne quarante fois celui d’un ouvrier. C'était tout de même confortable. En 2010, il lui est 4 à 500 fois supérieur. On peut donc en conclure que le niveau de vie a augmenté. Mais pas pour tout le monde. Car pendant ce temps-là, le chômage augmente, les gens meurent de froid dans les rues en hiver. Certains se suicident parce qu'ils ne peuvent plus payer les traites de leur maison, voire leurs traites de gaz, d'autres parce que leur hiérarchie leur impose une pression incompatible avec la sérénité qui devrait être celle du travail.

L'esclavage n'a pas disparu: il s'est simplement modernisé et s'abrite derrière la loi. On a même parlé de supprimer les prud'hommes, qui ont un peu trop tendance à défendre les employés par rapport aux patrons.

Français prenez garde! Nous revenons insensiblement, mais sûrement, à l’Ancien Régime. J'espère seulement que vous ne l'oublierez pas en 2012.

Stéphane Guillon et Didier Porte avaient le mérite et le courage de prendre des risques pour dénoncer ces abus. Leur humour pouvait être au vitriol, il consolait ceux qui ont de plus en plus l’impression de se faire « baiser » par les salopards qui nous gouvernent. D’où l’idée de la sodomie évoquée plus haut. Et je dis bien salopards! Car lorsque l'on n'a aucune morale, il ne faut pas s'étonner de déclencher les critiques de la part de ces autres représentants du peuple que sont les humoristes, chansonniers et autres caricaturistes.

Les hommes politiques se plaignent de ne pas avoir de droit de réponse face aux humoristes ? Ils en ont pourtant un: qu'ils cessent leurs magouilles! Et tout rentrera dans l'ordre.

La franchise au vitriol de Didier POrte et de Stéphane Guillon n'a pas plu au pouvoir. La sanction est tombée : on les vire !

« Ces jeunes hommes ont dit la vérité, ils doivent être exécutés ! »

ON LES VIRE, MAIS DE QUEL DROIT?

On vire quelqu'un parce qu'il est incompétent, certainement pas lorsqu'il remplit son contrat. Or, les contrats de Didier Porte et de Stéphane Guillon stipulaient qu'ils devaient faire rire, ce qu'ils réussissaient admirablement. Deux millions d'auditeurs en moyenne, il ne me semble pas que ce soit là une faute professionnelle justifiant un licenciement, surtout dans les conditions éminemment folkloriques dans lesquelles ces licenciements se sont déroulés.

Je tiens à faire remarquer ceci à Messieurs Jean-Luc HEES et Philippe VAL (autrefois de gauche et joyeux perturbateurs, si je me souviens bien de certains numéros de Charlie Hebdo) : France Inter est une radio publique. Elle appartient donc aux auditeurs qui l’écoutent, dont je fais partie, et non à l’Elysée, qui n’a aucun droit de regard sur ce qui s’y dit. Le fait que l’Etat en soit actionnaire ne signifie pas que Monsieur Sarkozy lui-même en est actionnaire. Ce sont les auditeurs qui le sont. Cela s'appelle le SERVICE PUBLIC. Et contrairement à ce que Monsieur Jean-Luc Hees a affirmé sur une chaîne de télé, les avis envoyés par mail ne donnent pas une équivalence de 50/50. Il suffit pour s'en rendre compte de consulter les réactions sur Internet.

Je peux très bien comprendre que certaines personnes n'appréciaient pas les chroniques de Didier Porte et de Stéphane Guillon. Chacun est libre de ses opinions. Que ces gens gardent à l'esprit la phrase de Voltaire, d'ailleurs citée par Alain JUPPE ce vendredi 24 juin dans l'émission le FOU DU ROI: "Je ne partage pas vos idées, mais je me battrai à vos côtés pour que vous puissiez les défendre". Cela s'appelle l'ouverture d'esprit et la démocratie.

Monsieur Sarkozy a l'air de considérer que la Radio publique lui appartient et qu'il peut y faire la loi. L'exemple lui en est donné par l'individu qui dirige actuellement l'Italie. Il est temps que cela s'arrête!

Je n’ai aucune envie, moi, de voir partir ces deux humoristes. L’audience que l’un et l’autre fédéraient justifie que leur place n’était pas usurpée, même si, je le redis, leurs propos étaient parfois un peu excessifs. Il ne s’agit que de propos d’humoristes et si on ne les aime pas, on n’est pas obligé de les écouter. En revanche, on est obligé de subir les réformes injustes concoctées par monsieur Sarkozy et sa bande, qui traitent par le mépris le plus absolu les attentes des Français, ainsi que leurs réactions!

Le tort de Stéphane Guillon et de Didier Porte n'était pas leur prétendue vulgarité, mais bien le fait qu'ils savaient appuyer là où cela faisait mal au Pouvoir en place en dénonçant les abus. C'est cela qu'on ne leur pardonne pas!

Monsieur Sarkozy a-t-il donc peur à ce point de la vérité qu’il se permette de décider en lieu et place des auditeurs ? Pour qui se prend ce monsieur ? Certainement pas pour MON président, car, moi, je n’ai pas voté pour lui. Comme beaucoup d'autres, je le subis! Et si une élection avait lieu aujourd’hui, je doute qu’il fasse le score - déjà discutable, compte tenu des abstentions -, qu’il a réalisé en 2007. Dois-je rappeler les résultats des derniers sondages le concernant ?

France Inter était, à mes yeux, une radio libre et indépendante. Je constate que c’est en train de changer. Pensez-vous sérieusement, Messieurs Hees et Val, que les gens qui veulent rester libres continueront à écouter une radio vendue au pouvoir ? Comme ce journal appelé Figaro, qui a encore l’audace de préciser que « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », alors qu’il ne cesse d’encenser le pouvoir (quand il est de droite ). M. de Beaumarchais, revenez, ils sont devenus fous!

Monsieur Hees estime (tout seul, bien sûr, sans avoir consulté les auditeurs), que la tranche matinale est une tranche d'information et ne doit donc plus contenir de billets d'humeur humoristiques. Qu'il garde bien à l'esprit que ce sont justement ces billets d'humeur qui amenaient autant d'auditeurs à la station. Ces billets sont autant de soupapes de sécurité qui permettent de souffler devant les informations affligeantes, inquiétantes, angoissantes qui sont le lot quotidien des Français. Si ces billets disparaissent, les auditeurs risquent de partir au travail avec un moral dans les godasses. Ce qui n'est pas franchement bon pour l'efficacité. Ou bien ils changeront de station. Je suis très curieux de savoir quel sera l'impact de ces licenciements sur le nombre d'auditeurs.

En ce qui me concerne, je ne suis pas du tout certain de rester auditeur de France Inter à la rentrée prochaine. Je pense aussi que je ne serai pas le seul. Je tiens à préciser que je n’appartiens à aucun parti, ni de droite, ni de gauche. Je suis seulement un humaniste qui en a marre !

MARRE ! MARRE et MARRE  de voir le pouvoir décider ce que je dois dire, faire et penser !!!!!!!

MARRE DE SUPPORTER LES SAUTES D'HUMEUR D'UN PRESIDENT QUI SE CROIT TOUT PERMIS ET QUI AGIT COMME S'IL ETAIT LE ROI!

Messieurs Hees et Val, il est peut-être temps de revenir sur cette décision imbécile et contraire à la démocratie. Lorsque la censure, surtout la censure occulte, s'empare d'un pays, la dictature n'est pas loin!

Or, les Français n'aiment pas la dictature!

Et je tiens à remercier encore une fois Didier Porte et Stéphane Guillon pour leur courage et pour les moments de franche rigolade qu'ils m'ont fait partager. Qu'ils sachent que la majorité des Français les soutiennent, l'un comme l'autre, et que la roue tourne. 2012 n'est pas si loin!

 

                                    Bernard SIMONAY